jeudi 22 mars 2018

La belle au torque vert (Helleborus torquatus)

Et si on parlait hellébores, pour changer?
Non,  je ne vais pas vous faire défiler toutes les beautés hybrides, simples, doubles ou à cœur d'anémone, qui donnent tant de couleur au  jardin en ce moment.
C'est que cela mène invariablement à quelques frustrations, dans la mesure où celles qui vous plairaient... il est impossible de les acheter: elles sont pratiquement toutes uniques, puisque obtenues de semis.... Quant à les schlouker, ça reste très délicat et même fortement déconseillé.
Alors je viens vous présenter aujourd'hui une belle originale peu connue, mais que l'on peut trouver (même si c'est un peu le parcours du combattant).
C'est une hellébore certes (je n'arrive pas à dire "un hellébore", pardon!), mais botanique.
Elle peuple certaines régions des Balkans, on la trouve dans les montagnes en Serbie, en Croatie et dans des coins comme ça.
C'est elle qui, par croisement, a donné les couleurs pourpre/violet à nos chères hellébores hybrides.
Elle s'appelle Helleborus torquatus.
Quoique. Il y a, comme d'habitude, des savants coupeurs de cheveux en quatre qui suggèrent de l'appeler dorénavant "Helleborus multifidus ssp. serbicus"...
C'est vrai qu'on la rencontre mélangée à des Helleborus multifidus (en gros) dans son habitat d'origine, et que les différences morphologiques entre les deux sont minimes...
(voir plus de précisions ici )
Mais moi, le "torquatus", je l'aime bien. Je trouve même qu'il serait dommage de le supprimer.
Tout simplement parce qu'on sait immédiatement que c'est à elle qu'on a affaire! Elle porte en effet, au revers, un gracieux petit collier (le "torque" des anciens gaulois), vert pâle, autour du cou! Enfin... de la tige, je veux dire. Le voyez-vous?
C'est quand même plus simple, pour les jardiniers, lorsque le nom reflète une particularité visible de la plante, plutôt que son origine géographique, non? Cela facilite grandement la mémorisation, en tous cas!
Une robe vert pâle, une cape violet foncé et un collier vert assorti..ça me fait irrémédiablement penser à ces élégantes du second empire, avec leurs robes de bal à crinolines...la classe!
Celle dont je vous montre les photos, en plus, est une sélection parmi de nombreuses plantes botaniques: si son revers est d'un intense violet foncé (vue de dessus, elle est entièrement violette!), et son avers d'un doux vert pâle, elle porte, en plus, des stries ou rayures (stripes en anglais) violettes sur ce fond vert, qui lui ont valu le petit nom de Stripey Form.
Et ce mélange vert pâle (que dis-je... céladon!) et fines lignes violettes, je ne sais pas pour vous, mais moi  je craaaaque! C'est d'une élégance...
L'exemplaire de mon jardin n'a pas beaucoup de "stripes" (les alea de la commande...), il en existe de bien plus jolies. Mais je suis déjà ravie de regarder chaque fleur indépendamment, puisqu'il n'y en a pas deux identiques!
Inutile de lorgner sur les graines: elle n'est pas auto-fertile, hélas. Je songe sérieusement à lui trouver un compagnon, un de ces jours,  pour essayer d'en faire une petite famille... ;o)
Côté feuilles, encore de l'élégance: elles sont profondément découpées, et les folioles sont plus ou moins dentées.
Mais soyons honnête: ce n'est pas une plante spectaculaire, au jardin. Elle est caduque, déjà. Le feuillage, pour joli qu'il soit, est assez maigre, en tous cas chez moi. Et les tiges florales s'allongent un peu trop au fil de la floraison, et finissent par ployer ou se mettre à l'oblique, ce qui gâche en peu leur harmonie (mais facilite la dispersion des graines dans la nature, j'imagine). Les fleurs ne sont pas très grandes, non plus.
Voyez, je vous dis tout!
Par contre, elle ne craint pas le soleil (en tous cas, moins que ses cousines hybrides), et supporte vaillamment les périodes sèches, quitte à se mettre en sommeil en plein été si elle a trop soif.
Et elle a la bonne idée d'avoir des tiges florales feuillues: quelques petites feuilles gracieusement découpées, juste sous les fleurs, forment un bel et discret écrin pour les belles au torque vert.
Voilà. Les présentations sont faites. J'espère que parmi vous, certains auront envie de s'en faire une amie-de-jardin, qui sait? ;o)
Fichtre... mais j'ai été sérieuse du début à la fin, cette fois!!! Houlà, Zeph, tu manques de soleil....;o)))

13 commentaires:

  1. Très bel article pour un superbe Hellébore ! Je ne connaissais pas ce Torquatus plein de charme, merci pour cette belle découverte et cette prose toujours aussi agréable à la lecture ! Belle soirée !

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    1. Je transmettrai les compliments au beau Torquatus, promis! ;o)
      Merci Istariel, et bonne journée toi aussi:! ;o)

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  2. hou la la ! j'ai du faire bien des frustrés dans mon dernier billet alors !! mais... tu as raison bien sûr, c'est frustrant de savoir que l'on ne peut posséder quelque chose que l'on admire .. reste la poésie, car après tout, les blogs ne sont pas là uniquement pour faire notre marché mais pour partager aussi quelques jolis moments, de la poésie et quelques doux rêves ;)
    d'ailleurs, de la poésie et bien.... je trouve que ta beauté du jour en possède des tonnes !! me reste à croiser les doigts pour qu'un jour le torquatus se trouve sur ma route et que je me languisse a mon tour devant son étonnante beauté !! bises ma chère zeph et merci pour la découverte ..

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    1. Pfff... tu sais bien que je ne pensais pas à toi en parlant des frustrations engendrées par les photos de belles hellébores!!! Et en plus, chez toi, la beauté des photos fait oublier toute frustration!!! ;o))
      Bises, chère photo-taquine ! ;o))

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  3. Intéressant cette histoire de torque. Tu penses bien que je suis allée vérifier "mes miens" au jardin. Figure-toi qu'issu d'un pot acheté où trois semis différents avaient germé, un pied ne présente pas cette caractéristique :-O !!!
    L'ami Francis m'en a offert un l'année dernière qui te ferait les yeux doux : petites fleurs au revers pourpre et aux pétales verts abondamment striés. S'il se décide à grainer, je laisserai faire.

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    1. Ahhh un torquatus détorqué? Bigre! Avec qui la maman a-t-elle bien pu fauter???? ;o))
      En tous cas, j'attends avec impatience que tu nous montres ton super-strié!!! ;o)
      Comme les torquatus (que je sache) ne sont pas auto-fertiles, si tu veux de beaux bébés bien torqués, n'hésite pas à jouer les tripoteuses de pistil... et même à prévoir des petits sachets de chasteté! ;o))
      Bises helléboro-puritaines! ;o))

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  4. Merci beaucoup pour ton article très documenté et détaillé. Toutes les jardinières et jardiniers "fana" des hellébores (dont je fais partie...)t'en seront reconnaissants. Merci de partager ainsi ton expérience sur cette espèce méconnue.

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    1. C'était avec plaisir, Dominique! Et il y en a d'autres que j'adore... notamment Helleborus abruzzicus et son feuillage incroyable...la connais-tu?

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  5. Ah pas forcément spectaculaire mais ..mais ..à regarder de près , elle est vraiment "spéciale" et m'a fait bader quand je l'ai vue la première fois ! Elle ne paraît pas très facile non plus à cultiver mais ses fines rayures noires sur fond vert d'eau , craquer me font !
    Une bien belle étude de plante que tu nous a fais là , ma Zeph
    Et retorquez moi ça , siouplait !
    Bises ensoleillées pour toi , torqueuse du jour ;o))

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    1. Trop mignonne, ma Wapp, tu es, te rétorquerai-je! ;o))
      Certes, elle est loin d'être aussi spectaculaire que tes belles Ashwood aux robes froufroutantes, mais elle a une de ces beautés qui, si on ne les remarque pas au premier regard, parviennent à séduire petit à petit...
      Gros bisous du matin!

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  6. Merci pour ces infos sur cette petite pas si connue ! Elle est dans ton jardin depuis combien de temps ? Dans un article (de l'Ami des Jardins du temps où je le lisais, donc ça remonte !) Martine Lemmonier disait qu'elle préférait ne pas conseiller les espèces originaires des Balkans comme H. torquatus et H. purpurascens car ils seraient plus sensibles au froid et à l'humidité. Visiblement celle-ci est plutôt solide ! (Et je pense que ses origines lui apportent en revanche sa résistance au sec !) :)

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    1. Je l'avais ramenée de chez M. Van Poucke (Belgique) en mai 2012. Elle a donc vu passer "quelques" hivers bien froids et bien humides, crois-moi!
      Effectivement, elle est dans l'une des plates-bandes les plus sèches du jardin en été, mais à l'ombre, par contre.
      Et puis, les Balkans, c'est vaste.. et les plantes s'adaptent. Il y a sûrement des torquatus qui se sont adaptées à des régions plus humides, et/ou plus en altitude... après, c'est une question de chance de tomber sur le clone qui va bien... ;o))

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  7. Je crois me souvenir de Monsieur Van Poucke, qui était le fameux pépiniériste du nord de la Belgique, qui proposait plein de petites raretés en vivaces à des prix très abordables !
    C'est sur que s'il la cultive depuis plusieurs années, c'est qu'elle doit tenir ! Après, ce que je disais n'était qu'un avis. Car à coté, Christian Geoffroy de la pépinière Ellebore disait que toutes méritaient d'être tentées, et que la seule qui pour lui était limite était H. lividus.

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